Les amants du Vinland, tome 1/2

Romance historique — Groenland et Amérique du Nord — 1ère édition septembre 2019 — Disponible en numérique et format poche.

  • Résumé
  • Tu l’as lu ?
  • Paroles de lecteurs
  • Mon petit mot
  • Prologue
Le souffle de Njörg Vinland romance historique Anna Lyra

Résumé

Brattahlid, Groenland, 999

Malgré elle passagère clandestine à bord d’un navire en partance vers les confins de l’ouest, Erika n’a de cesse de se justifier alors que c’est elle, la victime ! Pourquoi Leif ne la croit-il pas ? Pourquoi ne comprend-il pas que quelqu’un, parmi son équipage, veut sa mort et l’échec de son expédition ? Erika se serait bien passée de surprendre ce complot, alors qu’elle s’apprêtait à épouser Thorsteinn, le frère de Leif, comme lui fils du grand Erik le Rouge. Le temps presse. Elle doit agir, car Leif court un grand danger. Un danger bien plus grand que l’alchimie interdite qui semble les rapprocher peu à peu… 

AnnA LyrA

Tu l’as lu ?

Si toi aussi tu as lu ce roman, n’hésite pas à laisser ton avis sur Amazon – ainsi que sur les plateformes de lecture (de type Babelio, Livraddict, etc.) si le cœur t’en dit ! C’est ton avis qui oriente les futurs lecteurs et lectrices, et qui contribue à faire connaître le roman. D’avance, je t’en remercie !

AnnA LyrA

Paroles de lecteurs

Comme les autres œuvres d’Anna Lyra, c’est un plaisir à lire : rythmé, toujours une pointe d’humour, bien documenté, chaque livre semble trop court, tellement il est agréable à lire.

Éliane

La nouvelle pépite d’Anna Lyra ! Si j’ai succombé aux vaillants guerriers vikings c’est grâce à l’écriture à la fois passée et très actuelle d’Anna Lyra dont je suis tombée amoureuse. Ses récits, forts d’héroïnes braves et de courageux combattants, sont totalement addictifs. Le souffle du Njörd est un livre où se côtoient croyances, foi et superstitions Vikings. Les difficultés sont réelles, la narration entraînante et l’on s’immerge très rapidement dans cette histoire hors du temps en compagnie d’un couple capable de braver tous les dangers. À lire et à relire sans modération !

Aurélia

Ce qu’il y a de merveilleux, avec la plume d’Anna Lyra, est que si l’on est surpris, c’est toujours en bien. Je n’ai pas pu lâcher ce livre une fois commencé, tant j’avais envie de savoir l’identité des traîtres, et aussi (et surtout, je l’avoue !), comment Leif et Erika allaient pouvoir succomber à leur attirance mutuelle sans trahir les leurs.

Lune d’Argent

Anna Lyra a un talent rare : celui de nous conter la petite histoire dans la grande Histoire. Surtout, elle choisit de nous entraîner à la découverte d’aspects méconnus de l’Histoire, peu utilisés en romance historique. Après sa trilogie qui nous donnait à voir la société viking sous des angles différents, voici une nouvelle série passionnante, portée par un souffle épique : les Amants du Vinland.

Aurore

Une nouvelle fois Anna Lyra ne lésine pas à la tâche. Elle m’a entrainée dans une folle aventure où les faits historiques font la part belle à une romance hors du commun. Anna Lyra a su captiver mon attention grâce à ses personnages hauts en couleur, aux nombreux rebondissements et à cette aventure épique. Un décor certes glacial mais magnifique. Un magnifique voyage dans le temps… Anna Lyra signe encore une incroyable histoire.

Esméralda
AnnA LyrA

Mon petit mot

Cette duologie des Amants du Vinland m’a été dictée par l’intérêt que j’ai ressenti pour les colons vikings du Groenland, et leur sort funeste. De plus, cela m’a permis d’explorer l’univers des explorateurs, après celui des raids et des fermiers… Le tour d’horizon du monde viking était donc complet à mes yeux.

AnnA LyrA

Prologue

Automne 999, à Brattahlid – Eystribyggd, Groenland.

Légères et bleutées, les ténèbres enveloppaient encore le monde. Elles rechignaient à reculer devant l’aube. Alors elles sortaient leurs griffes, s’agrippaient aux rochers tout scintillants de givre, égratignaient la glace des sommets, se nichaient au creux des falaises dans un dernier sursaut d’acharnement…

Mais rien ne pouvait retarder la renaissance du jour. Rien. Aussi vrai que l’eau s’écoule du haut vers le bas, que les graines germent dans le sol, que les ans voûtent le dos des hommes et blanchit leurs chevelures. Ainsi allait le monde. Le nouveau monde, pas celui des Anciens où les dangers nocturnes n’avaient d’égal que les caprices des dieux dans une course effrénée vers un Ragnarök aussi terrifiant qu’inévitable… Tout cela n’était que chimères. La réalité était celle de Dieu, de la Lumière et de la Justice. Un monde où, chaque jour, l’astre solaire montrait autant de régularité que les marées d’été.

Immobile, Leif retint son souffle.

C’était pour bientôt. Au firmament, les dernières étoiles pâlissaient déjà tandis que le Levant s’embrasait de chaudes nuances d’or, de bronze et de sang. Les couleurs de la richesse et du pouvoir, mais aussi des batailles à mener. Il s’accouda au plat-bord de son navire, un vieux knärr blanchi par de nombreux voyages, mais sur lequel il mènerait sa propre expédition.

Un faucon des ciels liquides, comme disaient les scaldes de façon si poétique… Aux griffes certes un peu émoussées, mais aux ailes endurantes et à l’œil perçant.

Leif resta là un bon moment, face à l’est. Derrière lui, des formes sombres s’éclaircissaient peu à peu. Il avait assisté à ce spectacle si souvent, au cours des derniers mois, qu’il visualisait parfaitement les teintes mauves des toits herbeux des quelques fermes accroupies au bord de l’eau, telles des chevaux en train de boire. Plus haut, dressée sur un éperon rocheux aussi noir que de la suie, la maison-longue de son père bravait les vents.

Brattahlid1. La toute première construction à Eystribyggd, le Pays de l’Est. L’œuvre de son père. Sa plus grande réussite, suite à son bannissement de l’île d’Ísland. Mais aussi sa malédiction. Le vieil Erik, après une vie aventureuse couronnée d’exploits, avait bien du mal à laisser la vieillesse venir le cueillir… Leif soupçonnait même qu’il n’ait autorisé son expédition qu’à seule fin de s’offrir une seconde jeunesse, loin des jacasseries de ses épouses et des responsabilités de chef de la colonie Viking du Groenland.

Le Groenland, il l’avait découvert. Brattahlid, il l’avait fondée. Pour cela, tout le monde craignait et respectait Erik, aux colères aussi rouges que sa crinière.

Leif espérait bien que, cette fois, les honneurs lui reviendraient. L’heure avait sonné pour lui de sortir enfin de l’ombre de son père. Et, s’il découvrait enfin cette terre riche de forêts et de plaines que le vieux Bjarni Bec D’aigle jurait avoir aperçue, vingt ans plus tôt, alors il entrerait dans la légende à son tour.

Bjarni Herjólfsson avait dérivé vers le Couchant et rapporté une captivante histoire de berges inconnues, de pays immense, de forêts denses et probablement giboyeuses. Une richesse inespérée, pour les habitants de la Terre Verte au nom si mal porté.

Le Groenland avait besoin de bois et de prairies.

Leif voulait devenir un héros de saga.

Il ne put s’empêcher de plonger la main dans sa poche pour effleurer la surface lisse et tiède de son porte-bonheur.

Enfin, un premier rayon surgit des monts couverts de glace et caressa d’un même souffle les maisons, les étables, les écuries, les porcheries, les coques rondes des navires tirés sur la grève, leurs proues effilées dressées dans le vent.

Alors, Leif se retourna vers l’ouest.

Une ligne de feu rayait les flots de l’Eiriksfjord2. Il posa la main sur la proue, encore dépourvue de sa figure protectrice3 et sortit son porte-bonheur d’une main fébrile. C’était une pierre de soleil ayant appartenu au père de son père4. Le bien le plus précieux d’un styrimadr5, disait-on. Il allait pouvoir le vérifier sous peu…

Cette fois, nous y sommes.

Soudain, une voix le fit sursauter.

— Leif, es-tu là ?

Il se retourna, dut mettre une main en visière pour reconnaître son jeune frère, Thorvald, qui longeait le rivage.

— Que veux-tu ? grogna-t-il, mécontent de s’être laissé surprendre.

— Je me doutais que tu serais là. Père veut te voir immédiatement.

— Le voilà déjà remis du banquet d’hier ? s’esclaffa Leif en sautant souplement à terre. Je l’ai quitté à moitié inconscient, réclamant un autre tonneau d’hydromel. Décidément, le grand Erik le Rouge est plus solide que nous tous réunis !

— Et plus coriace, aussi… Freydis le quitte à l’instant, et sa lippe revêche était assez parlante.

— Tiens donc ! Notre sœur a encore tenté de lui arracher quelque babiole par cajoleries ?

— Elle y a échoué. Et ce n’est que notre demi-sœur, seulement. Grâce aux dieux !

Leif sourit.

— Même si notre petite Freydis peut avoir un caractère difficile, elle est de notre sang. Ne l’oublie jamais. S’il y a bien une leçon que j’ai retenue de notre père, c’est que les liens du sang passent avant tout. La preuve : je n’ai toujours pas étranglé Thorsteinn !

Leur autre frère, dont les rapports avec Leif avaient toujours été fort houleux, était aussi différent de son aîné que la nuit du jour.

Mais Thorvald n’eut pas l’air de goûter la plaisanterie.

— Viens, ne fais pas attendre Père. Il avait sa tête des mauvais jours.

Au même instant, à quelques pas de Brattahlid, la maisonnée d’Ivar s’éveillait et Erika, les yeux gonflés d’une longue nuit à chercher en vain le sommeil, attachait la fibule double de sa robe de laine d’une main tremblante. Le cœur étrangement partagé entre crainte et excitation.

Oh, Freyja6, guide-moi dans cette voie que les Nornes7 ont choisie pour moi.

La veille, son père Ivar avait obtenu audience du yarl Erik, et rapporté une grande nouvelle : Erika allait prendre époux dans la famille du chef suprême d’Eystribyggd ! C’était un grand honneur. Une immense chance, que de porter les petits-enfants d’Erik le Rouge tout en tenant la maison de l’un de ses fils.

Erika savait que son père œuvrait à la réalisation de cet objectif depuis de longues années. À sa naissance, elle avait été baptisée d’après Erik lui-même afin d’honorer celui qui n’était encore que le yarl de la famille d’Ivar – et peut-être, un jour futur, conclure une belle alliance. C’était là-bas, en Ísland, l’Île des Glaces… Avant qu’Erik ne soit banni pour une sombre histoire de meurtre, avant qu’il ne revienne en héros trois ans plus tard, fort d’avoir découvert une terre si belle et riche qu’il l’avait nommée Groenland8. Il y avait à peine quelques années, qui lui paraissaient pourtant des siècles.

Erika se piqua en refermant la seconde fibule et porta le doigt à sa bouche. Le goût métallique du sang la ramena brusquement à la réalité.

Thorsteinn. Je vais épouser Thorsteinn.

L’engagement avait été pris devant témoins. Le temps de réunir sa dot, et elle deviendrait l’épouse de Thorsteinn.

Certes, c’était le choix le plus logique. Le deuxième fils d’Erik avait le même âge qu’elle, une belle allure et le verbe haut. Moins charismatique qu’Erik et Leif, c’était un fait mais, contrairement à ses père et frère, son autorité à lui s’enrobait d’une grande élégance.

Un jour, Thorsteinn serait un riche et puissant chef de famille. À moins qu’il ne parte fonder une colonie un peu plus loin ? Vestribyggd, le Pays de l’Ouest, se trouvait à une journée de navigation et la rumeur voulait qu’elle foisonne encore de terres libres.

Vestribyggd… Pourquoi pas ? Erika s’imaginait bien y vivre. Quoi que décide son époux, elle obéirait de toute façon, ainsi qu’elle avait toujours obéi à son père. Une femme avait trois devoirs : obéir, travailler, se conduire honorablement.

Erika enfila un collier d’ambre et de perles de verre multicolores, lissa son tablier, rajusta ses lourdes fibules d’épaules. Elle grimaça lorsque la pensée qu’elle écartait résolument depuis la veille prit forme dans son esprit, avec une cuisante brutalité.

Et si le promis avait été Leif, et non son jeune frère ?

Non, non, et non, par les tresses de Freyja !

Elle ne devait pas penser ainsi. La stupide attirance qu’elle ressentait depuis l’adolescence pour l’aîné des fils d’Erik le Rouge n’était que folie. Puérile fascination devant un beau visage, une chevelure soyeuse, un envoûtant regard de glace, des épaules carrées, un large torse bien dessiné, et…

Cela devait cesser.

Je suis la promise de Thorsteinn, désormais.

De toute façon, elle s’était aperçue depuis bien longtemps que cette belle apparence dissimulait en Leif une nature froide et hautaine. Thorsteinn, lui, était un jeune homme sûr de lui mais avenant, fort mais souriant, plus sombre de cheveux mais ensoleillé de cœur.

Thorsteinn ferait un bien meilleur mari que Leif, et lui donnerait de beaux enfants.

1 « Pente raide », la ferme d’Erik le Rouge et premier établissement viking construit au Groenland vers 985.

2 Le « fjörd d’Erik », ainsi baptisé dès l’établissement d’Erik le Rouge à Brattahlid.

3 Les navires des Vikings portaient une figure de proue amovible, uniquement mise en place pour les trajets en mer.

4 Le grand-père de Leif et père d’Erik le Rouge, Thorvald Ásvaldson, avait quitté la Norvège après un bannissement pour meurtre et s’était installé en Islande. Erik le Rouge, quelques années plus tard, sera lui aussi banni d’Islande pour meurtre et fondera la colonie du Groenland.

5 Le barreur d’un navire, le chef de bord.

6 Déesse de l’amour et du foyer.

7 Divinités du Destin, qui filent les destinées humaines.

8 « La Terre Verte ».